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Mémoire vivante
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VINCENT Bernard

2017/04/16

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Bernard Vincent        1er avril 1935 - 16 avril 2017

« La même attitude, lorsque tu te retrouves durant 3⁄4 heure dans l'antichambre d'un cancérologue, devant la blancheur de murs dénudés à part 3 photos de cancer. Seul !

La même attitude, lorsqu'on te dit en montant sur un navire que les uns dorment et les autres travaillent et que tu te retrouves 3⁄4 d'heure dans ce réfectoire, face à un tas de feuilles sur la sécurité, à part une image du Christ ou de la Vierge, parfois. Seul !

Dans un face à face avec Dieu, dans une union intime avec Lui, dans cette antichambre ou ce réfectoire, c'est là que tu rencontres vraiment ces 20 marins que tu as à peine entrevus ou que tu n'as pas vus, et ces 300 marins, et ces 70 kms de quai, et ces navires que tu n'as pas pu visiter dans une communion totale et intime de tout l'être avec eux. Dans toute relation avec l'autre, il y a toujours ce petit quelque chose qui ne permet pas cette compréhension totale et c'est le froid, la chaleur, le vent, la langue, les vêtements qui recouvrent tout, le travail, la fatigue, le stress, des ennuis de toutes sortes.

« Arrête de me casser les oreilles, en me demandant si j'ai une femme, des enfants, de la

famille, des amis qui viennent me voir, des coups de téléphone !». J'ai envie de te lancer à la figure que je ne suis pas seul. Même des chrétiens parfois ne comprennent pas. Tandis qu'eux, les marins comprennent très vite lorsqu'ils te parlent de leurs problèmes personnels, familiaux ou du bord et que tu les mets en relation au milieu de la nuit avec des priants. Et ce sont les carmélites de Lisieux, des clarisses vendéennes, Lourdes et ce monastère de Lérins au milieu de la mer et des navires, qui eux aussi comprennent très vite et répondent immédiatement. »

Bernard a largué ses dernières amarres un jour de Pâques pour un ultime embarquement,

emporté par une lame de fond, celle d’un cancer de l’amiante. Car sur les bateaux, il y en a eu de l’amiante autant que de misère. Bernard, c’était une lame de fond, une lame qui vous emportait tout au fond de l’Evangile, toujours à fond avec les marins, luttant pour leurs conditions de vie, leurs droits et leur dignité.

Bernard, c’était aussi une plume, avec des mots tranchants, taillés comme un diamant. Un art sans doute appris dans la bijouterie familiale de Noirmoutier. Des méditations rédigées au fil de l’eau et de la misère, des paroles d’exil glanées au fil des jours, qu’il signait d’une invariable trilogie « marin, syndicaliste ou retraité, diacre ». Du temps où internet n’existait que dans les rêves, on ne savait jamais de quelle mer Noire ou Rouge, mer de Chine ou de Méditerranée, la missive était postée.

Originaire de Duras, dans le Lot et Garonne, il avait une sœur Bernadette et a un frère Jean, prêtre-ouvrier. Dans les années 60, il entre au séminaire de Pontigny. Il alterne formation et stage à Dunkerque avec la Mission de la Mer. Il commence à travailler dans la réparation navale et sera ordonné diacre permanent pour le diocèse de Lille en décembre 1972 dans la chapelle de la baraque à Dunkerque. D’un tempérament réservé, voire bougon, sa verve ne tarit pas quand on le branche sur son métier et sa passion du monde maritime. Lors d’un premier embarquement en 1967, son cargo est mitraillé par des Vietminh sur le Mékong alors qu’il remonte vers Saigon. Quelques semaines plus tard le cargo est bloqué dans le canal de Suez au moment où éclate la guerre des six jours entre Israël et l’Egypte.

Bernard choisit alors de rejoindre le port du Pirée pour des embarquements sous pavillon de complaisance, soumis à la loi de la jungle et de la corruption. Nettoyeur-graisseur, il est un des rares français à naviguer sur des « boites à rouille », rejoignant des marins originaires du Cap Vert, du Soudan, des Philippines, du Pakistan, du Sri Lanka ou du Chili.

« Comme eux, je descends sur des ports où se fait l’embauche : Miami, Singapour ou Le Pirée. Pour moi, ceux qui s’exilent ainsi sont les plus pauvres, et comme eux, je prends le navire que je peux. A l’équipage, j’essaie d’être matelot, nettoyeur, graisseur ou soudeur. Militant à la CGT, j’ai refusé de devenir permanent au syndicat International des Transports. Mes amis à terre sont plus compétents pour cerner l’ensemble d’un problème maritime. Ma connaissance se fait à partir du vécu, de l’intérieur des situations. »

Après avoir réfléchi avec son équipe de Dunkerque, il demande en 1988 l’incardination à la Mission de France, ce qui fit de lui le premier diacre permanent de la prélature. Diacre naviguant sur les mers du monde, compagnon d’exil des marins de pays dit en voie de développement, ses écrits témoignent également de révolutions technologiques : pilotage par satellite, internet à bord, déchargements ultra courts, dimension des cargos, le tout au service de la rentabilité plus que des hommes à bord. Bien souvent seul chrétien à bord, au milieu de bouddhistes, hindouistes, animistes, musulmans, il accoste dans des pays où l’Islam est à la fois religion et modèle politique : « L’Islam, écrit-il, est la religion des grands horizons. Cette religion aux indications poétiques touche l’homme partout, en mer, au désert, dans la tempête, dans la beauté d’un ciel étoilé ou d’un coucher de soleil sur la mer Rouge. »

Après le temps de la marine marchande, Bernard fit une série d’embarquement sur des

paquebots de croisière. Derrière le rêve d’évasion vers les iles grecques ou les Antilles, se cache un monde de gens de mer qui fait de longues journées de travail, de bas salaires, d’insécurité, de contrat obtenu via des commissions. Le caractère multinational des équipages complique les recours dont dispose le personnel pour lutter contre les abus d’un système concurrentiel qui tire vers le bas. Dans ses écrits, Bernard évoque l’alcoolisme à bord, les pratiques maffieuses, mais aussi les solidarités.

En 2001, arrive l’âge de la retraite. Bernard rejoint Port de Bouc et l’équipe des PO retraités de Marseille, puis l’équipe d’aînés de Saint-Chamas. Très présent au foyer des marins, il reste à l’écoute des marins et apprécie ces moments de rencontres :

« La bitte d’amarrage, ce sont des champignons le long du bord sur le pont du navire où les marins amarrent les aussières qui maintiennent le bateau à quai. La bitte d’amarrage, c’est la sécurité quand survient la bourrasque. Lorsque le marin est fatigué il vient s’y asseoir tranquillement. La bitte d’amarrage, c’est un havre de paix entre deux travaux. Les bittes d’amarrage sont en couple. Et lorsque le marin voit ce visiteur prendre son temps pour être avec lui, il va venir s’asseoir et lui parler comme à un ami. Puis viendront tous ceux qui travaillent sur le pont : OS, bosco, pumpman... La bitte d’amarrage, c’est le partage dans l’amitié. Et avant de partir, le marin en confiance découvre par lui-même, dans le silence, qu’une présence accompagne le visiteur. Il demandera un chapelet, une prière, une bénédiction. La bitte d’amarrage, c’est la dimension spirituelle et le rapprochement vers Dieu. »

L’équipe épiscopale

Ses obsèques seront célébrées jeudi 20 avril à 15h

en l’église Notre-Dame de Bon Voyage, 47 av Maurice Thorez, 13110 Port-de-Bouc

Pièces jointes
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