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Mémoire vivante
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GALISSON Jean-Victor

2016/08/29

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Jean-Victor GALISSON                           01/11/1934-29/08/2016

Le raboteur raboté

« Je ne regrette rien de cette vie de prêtre-ouvrier, une vie ''à la Jean-Baptiste'', mont saint patron ! Comme lui, j'ai essayé de ''préparer la route au Seigneur'', de la déblayer pour que les gens puissent un jour découvrir Jésus. J'ai côtoyé beaucoup d'amis non-croyants qui étaient souvent des ''bac moins 5'' mais qui m’ont beaucoup appris. Avant de pouvoir leur parler du Christ, je me suis mis à leur école et à leur écoute et ils m'ont donné des leçons de fraternité vécue, de solidarité, de démocratie et de conscience professionnelle. Je ne sais pas si certains sont entrés dans l’Église mais j'avais la responsabilité de leur dire que Dieu les aime et veut leur bonheur et, en constatant combien beaucoup d'entre eux vivaient du commandement d'amour du Christ, je leur ai souvent dit qu'ils faisaient partie du Royaume de Dieu ».

Petit-fils de cheminot syndicaliste, fils de Victor, charron, et de Thérèse Rayer, Jean naît à Châteaubriant, Loire-Atlantique. Il est le deuxième d’une fratrie qui s’élargira jusqu’à treize enfants. Il grandit dans l’odeur et le travail du bois de l’atelier paternel, l’ambiance des années d’occupation allemande, le patronage, la messe quotidienne qu’il aimait servir. A douze ans, il entre au petit séminaire de Guérande où l’esprit janséniste de sacrifice n’était jamais bien loin. Malgré la vie d’internat austère, devait-il envier le sort de frères entrés au travail à 14 ans dans de petites entreprises, affectés aux tâches ingrates, sans copains de leur âge avec qui partager ? Jean avoue n’en avoir pas souffert. A l’époque, c’était le prix à payer pour que des fils d’ouvriers et d’artisans accèdent à la considération dévolue aux gens d’Eglise. Une autre manière d’être prêtre se fit pourtant jour grâce à Jo Colin, l’un des pions, qui se préparait à entrer à Lisieux et lui procura la brochure du père Augros sur la Mission de France.

En 1953, le séminaire de Lisieux ferme, Jean entre à celui de Nantes. L’interdiction des prêtres-ouvriers douche ses espoirs. Il alterne séminaire et stages en paroisses, anime des camps vélo dont l’un fréquenté par un certain Cyrille Guimard, futur porteur du maillot jaune ; il donne des coups de mains aux « chiffonniers d’Emmaüs » et s’inquiète avec les jeunes de sa génération de la guerre d’Algérie. Il sera mobilisé le 1er mai 1957, débarquera à Alger en septembre et découvrira les violences, la souffrance du peuple algérien, la propagande. En 1963, il sera élu membre du bureau national au 4ème Congrès de la Fédération Nationale des Anciens d’Algérie. Il votera la motion demandant la reconnaissance du statut d’ancien combattant, la journée du 19 mars comme journée consacrée au souvenir et à la consolidation de la paix en mémoire des dizaines de milliers de jeunes morts et des centaines de milliers blessés ou malades. « J’avais pensé qu’il valait mieux oublier le passé, mais la nécessité d’œuvrer en faveur de la paix et contre le racisme a pris le dessus. Il fallait prendre en compte tant de jeunes démolis par les horreurs de la guerre, le mépris des Algériens, et défendre leurs droits moraux et matériels ».

A la fin de son service militaire, en septembre 1959, il demande à entrer au séminaire de Pontigny, malgré l’interdiction « définitive » des prêtres-ouvriers prononcée par Rome. Il s’initie à laphilosophie, à la théologie, à l’exégèse, prend sa part de travail collectif manuel à l’atelier « bois » sous les conseils de Michel Blondel. Il découvre les exigences de la vie communautaire, le dialogue en équipe, le respect de l’avis des autres, l’humour et le recul pour acquérir des convictions et se préserver des influences. Ils seront six à être ordonnés prêtre le 26 avril à Pontigny par le Cardinal Liénart, dont Philippe Plantevin.

Jean était avant tout un manuel, instruit par le travail du bois. Bien que n’ayant pas obtenu le baccalauréat, la main était aussi alerte pour écrire que pour dégauchir les planches. Il avait la plume facile et publia une multitude de billets, des coups de gueule ou des coups de cœur, pour Témoignage Chrétien, La Croix, la Vie, ou des journaux paroissiaux. L’événement anodin ou extraordinaire devenait un sujet de méditation relié à l’Evangile à la portée de tout un chacun. Il publia deux recueils du « Raboteur raboté ».

Menuisier toute sa vie professionnelle, il commence en 1964 avec l’équipe de La Seyne-sur-Mer (E. Ablé, J-P. Margier,...). Les chantiers navals réquisitionnaient souvent les menuisiers pour monter des cabines afin d’achever les paquebots dans les délais. En 1969, la Mission l’envoie à Limoges, puis en 1974 au Havre, à l’équipe de Graville, (F. Bon, C. Simon, G. Delanoue,...). Des années où il déploya autant de passion et de bonhomie à monter des cuisines aménagées qu’à exercer une responsabilité paroissiale.

Militant syndical à la CGT, à laquelle il fut fidèle pendant plus de 50 ans, il fit l’expérience du combat pour la justice et la dignité, et de l’incompréhension de fond qui demeure entre Eglise et classe ouvrière. En 1972 à Limoges, il note cette réflexion de ses camarades marxistes : « Nous admettons que ta religion a fait progresser l’humanité, mais il est grand temps que tu te rendes comptes combien aujourd’hui, c’est dépassé ; nous sommes la civilisation d’après le christianisme. Ton Eglise est toujours liée aux puissances d’argent, déphasée devant les découvertes scientifiques, hypocrite face aux problèmes du mariage et de la sexualité, sans prise sur les forces vives de l’humanité qui n’éprouvent plus le besoin de Dieu, ni d’être sauvées... ». Partager la condition ouvrière et prendre part à la lutte active contre toutes les formes du malheur collectif lui paraît la voie la plus crédible comme prêtre. Mais servir l’unité autant que la liberté appartient à la responsabilité des prêtres : « Travailler à l’unité, c’est faire éclater les ghettos, c’est apprendre à recevoir des autres », écrit-il à de nombreuses reprises.

Il termine sa carrière chez « Monsieur Bricolage » avec l’impression d’avoir été toujours un bricoleur : « il a fallu constamment réajuster ma foi et resituer ma place dans une Eglise restée éloignée de la classe ouvrière. Je me dis souvent que j’ai mieux respecté mes copeaux de bois que les personnes rencontrées dans ma vie. Avec le bois, on ne peut pas tricher car, si on le prend à rebrousse-poil, si l’on ne tient pas compte des nœuds et du fil, il réagit aussitôt. Tandis qu’avec les hommes, on peut les avoir froissés sans que ça se voie... Je pensais que ma vocation était de dégauchir les autres, c’est surtout moi que Christ a raboté par les autres ».

A l’heure de la retraite en 1997, Jean rejoint Grenoble et l’équipe de La Villeneuve (M. Portal, R. et C. Marijon, D. Bethmont), où il découvre dès son déménagement les petits désagréments et les grandes joies de la vie en cité. Il accompagne une jeune équipe d’ACO et participe à la mise en place de la paroisse nouvelle. Avec le temps, les musulmans prennent le visage de proches voisins, d’amis avec qui on partage le quotidien des jours ordinaires comme des fêtes. « Il se développe entre croyants un vrai souci de dialogue et de rapprochement. Entre les juifs qui refusent de nommer Dieu ou les musulmans qui lui donnent 99 noms comme autant d’approximations d’une réalité indicible... Pour les chrétiens, nous apprenons par Jésus que Dieu est désarmé de toute puissance. Il n’est qu’Amour, ce que m’a résumé un jour un enfant du catéchisme dans une formule savoureuse : Dieu est un père qui nous aime comme une mère. » A la création de la Communauté Mission de France, en 2003, il est envoyé à Toulouse, sur le quartier des Minimes. Il fait équipe avec R. Murador, C. et N. Régis, L. et P. Maton.

En 2006, Jean demande à se rapprocher de sa famille en Loire Atlantique. Le diocèse de Nantes lui propose le presbytère de Batz-sur-Mer et des services pastoraux sur le secteur de Guérande. Il est accueilli par l’équipe de Nantes-Saint-Nazaire. Sa bonhomie légendaire fait merveille dans de multiples réseaux avant que le cancer le gagne pour une issue irrémédiable et rapide.

 

 

L’Equipe épiscopale

 

 

 

La célébration de ses obsèques aura lieu vendredi 2 septembre à 15h

 

en l'église Saint-Guénolé, Place du Garnal, à Batz-sur-Mer (Loire-Atlantique)

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