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Mémoire vivante
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DE MIRIBEL Jean

2015/10/10

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Jean de Miribel
5 août 1919 – 10 octobre 2015

« Je vous envoie servir ceux qui ont besoin d’être aimés ». Cardinal François Marty - 1976

Au retour d’un dîner au restaurant avec ses amis, nous avons pris le taxi pour faciliter le retour de Jean. Considérant son âge, 93 ans, le chauffeur ne voulut pas faire payer sa course. Jean s’émerveillait de la délicatesse des chinois et de la sagesse de leurs pensées. Il me cita de nombreux signes dont il avait été témoin depuis 40 ans en Chine. « Ces justes sur la terre n’appartenant pas à l’Eglise du Christ n’appellent-ils pas tous les croyants à agrandir leur sens de Dieu en recherchant avec attention les signes de l’amour trinitaire et de l’amour christique dans ce monde ? » Il était tard, j’allais prendre congé. Avec autorité, il me fit signe de m’asseoir et d’écouter. Il ouvrit une bible aux pages chiffonnées et m’ouvrit longuement à son ministère tourné vers l’humanité qui ne connaît pas le Christ. Il louait l’Esprit à l’œuvre chez les hommes et les femmes justes, malgré les innombrables souffrances et malheurs qui les affectent, en espérant qu’ils goûtent un jour à la tendresse du Père.
Un père polytechnicien, militaire, une famille de six enfants, des études au lycée Louis le Grand à Paris. Jean fait une première année au séminaire d’Issy les Moulineaux en 1936, puis une licence de lettres à Grenoble. A peine mobilisé, il est fait prisonnier en 1940. Il opte pour les chantiers de Jeunesse.
Il découvre une France déchristianisée, et surtout les rigueurs de la vie, la rudesse du travail manuel ; ce qui résonnera comme un appel : « il y a trop de souffrances, trop de misère, on ne peut pas vivre que pour soi. » Il choisit de revenir au séminaire et rêve de mission plutôt que d’administration paroissiale.
Henri Le Sourd, alors secrétaire du cardinal Suhard, lui parle de Lisieux. Impressionné par l’équipe du séminaire et l’atmosphère de recherche missionnaire, il effectue sa dernière année à Lisieux avant d’y être ordonné le 6 avril 1946, avec six autres dont Pierre Delahaye.
Envoyé dans le XIII ème à Paris, sur la paroisse laboratoire de Saint-Hyppolite, il retrouve Jacques Lorenzo, Daniel Perrot, Paul Collet, Philippe de Fontanges et Robert Maréchal. En 1953, en accord avec l’équipe et le Cardinal Feltin, il est détaché pour vivre dans le secteur très populaire de l’avenue d’Italie.
Il habite au rez-de-chaussée, travaille à domicile et accueille ouvriers et musulmans du quartier. Le dimanche, il retrouve la vie paroissiale. Il bénéficie de la réflexion de Madeleine Delbrêl qui vient parfois à « Saint-Hyppo », cultive les liens avec les prêtres ouvriers. Il mesure avec eux toute la distance qui sépare l’Eglise du monde prolétaire, de leurs souffrances, de leur exigence de dignité et de justice sociale.
« Connaître, aimer, servir toute une foule anonyme et païenne, avec la double mission d’être le délégué de l’évêque au cœur des masses pour révéler aux incroyants de bonne volonté l’authentique dessein de Dieu sur le monde, et, dans l’Eglise, d’exprimer avec quelques autres prêtres et chrétiens, les problèmes
humains et religieux des hommes. »
Après un an chez Préfontaine, il apprend le métier de monteur-aligneur de télévision à Montreuil et se rapproche d’André Depierre. Il est embauché par Océanic, dans le XX ème arrondissement de Paris.
Le cardinal Liénart, alors prélat de la Mission de France, invite Manu Deschamps, Bernard Blanchy et Jean de Miribel à la 2 ème session du Concile durant l’automne 1963 afin d’échanger avec les pères conciliaires sur la question du travail des prêtres. Par ailleurs, depuis trois ans, Jean a manifesté son désir
de servir une Eglise pauvre et humble, hors de France. A Rome, il rencontre l’archevêque de São Paolo qui le reçoit au Brésil. Il y mène une vie frugale, s’initie à la biologie médicale et rejoint Bélem en 1968.Venu pour évangéliser, il prend conscience de sa propre conversion, celle de témoin de l’Esprit à l’œuvre chez ses collègues. A Alain Carof venu lui rendre visite, il confie son projet d’aller en Chine. En 1969, il se rend à Hong-Kong, muni d’une lettre du Cardinal Marty pour Mgr Hsu. A l’âge de 50 ans, il entreprend l’apprentissage de trois langues : l’anglais, le chinois et le mandarin. En septembre 1976, selon un accord d’échange culturel sino-français, il est envoyé à l’institut des Langues étrangères de Xi’an. Comme les autres étrangers, il doit participer aux stages d’éducation à Yen An, grottes où Mao a commencé sa révolution, et assister à des réunions politiques. Pendant huit ans, il enseignera la langue française, la littérature et l’histoire, partageant avec passion sa propre soif de découvrir le monde. Il favorise la coopération entre l’Institut de Xi’an et les Universités françaises, et
sera cité en exemple par le Conseil supérieur de l’Education nationale de la Chine. Tout en enseignant, il mène divers travaux de recherche et de traduction sur la civilisation, la sagesse et la médecine chinoise.
Avec l’aide de ses amis, et notamment celle du professeur Lu Dong, il écrit une présentation de l’administration provinciale et des fonctionnaires civils en Chine aux temps des Ming. En collaboration avec des spécialistes chinois, il rédige deux petits livres : Pratiques médicales en Chine, de la médecine traditionnelle à la chirurgie et les Maux Epidémiques dans l’empire chinois. En coopération avec son ami le professeur Vandermeersch, il publie « Sagesse chinoise, une autre culture », initiant à la découverte d’un mode de pensée profondément différent de l’occident, bousculé par la mondialisation.
En 1994, il reçoit des mains de l’ambassadeur de France la légion d’honneur, qu’il offre de suite à l’Institut : « Il faut garder cette décoration définitivement en Chine, et la transmettre aux futures générations, en vue de soutenir les échanges culturels entre la Chine et la France dans l’avenir. » Il commenta ainsi cette médaille républicaine en forme de croix : « Par ses bras étendus en direction de l’Est et de l’Ouest, cette croix appelle à un rapprochement, celui de l’Orient et de l’Occident. Elle sollicite une union, celle des qualités et des dons des peuples. L’alliance de l’extraordinaire énergie, la singulière endurance, l’inlassable patience, la subtilité de l’intelligence et le remarquable savoir faire des chinois avec la logique de l’esprit et la générosité de cœur des français. Par ses bras tendus en direction de la Terre, cette croix souligne les besoins extrêmes de l’Humanité et l’exigence impérieuse pour chacun de travailler au développement des ressources de la Terre pour le bénéfice de tous. Par son bras tendu en direction du Ciel, cette croix invite également à soutenir les aspirations les plus hautes de la conscience humaine : la recherche de la vérité, l’accomplissement de la justice, la pratique de l’amour universel, de la bienveillance et de la miséricorde. »
En feuilletant un livre écrit en chinois illustré de nombreuses photos de Jean, je reconnais nombre de ses amis et compagnons de route de la Mission de France. Témoin de l’extraordinaire évolution de la Chine, « l’homme au long nez » n’aurait pas trouvé grand intérêt à ce qu’on raconte dans le détail son
parcours personnel, sauf pour dire tout ce qu’il a reçu, tous les jaillissements de l’Esprit qui l’ont évangélisé. La droiture des militants ouvriers à Paris, l’humilité des hommes et femmes du Brésil, la délicatesse et l’esprit de sacrifice des Chinois lui ont fait toucher le travail de cet Esprit bien présent sur la terre des hommes. Le fil de sa vie est dans ces liens tissés au fil des jours, des rencontres, et des retours de mission. Il aimait rapporter cette attente des Cardinaux Suhard et Veuillot : « Nous avons beaucoup à apprendre, dites-moi... Vous allez me dire mes responsabilités vis-à-vis des incroyants... »
Homme de prière, Jean est resté très discret dans la vie de l’Eglise chinoise. Il n’a pas fréquenté la cathédrale, ni connu l’évêque du lieu. Il a regretté le peu d’intérêt que l’Eglise catholique française manifestait à la Chine. Pourtant il a souhaité ardemment le rapprochement de Rome et Pékin.
« Loin de dessécher, l’aventure missionnaire auprès des païens nourrit, abreuve et réjouit étonnamment, car le message évangélique est bonne nouvelle d’une divine miséricorde pour tous les peuples de tous les temps. » Pour saisir le déplacement de sa propre compréhension de la mission, Jean aimait rappeler cette réplique de Mère Teresa lorsqu’on lui demandait si elle baptisait tous les mourants : « Oui, autrefois, tous, mais plus maintenant. Désormais je les embrasse, je les baptise dans l’amour. »
De nombreux amis chinois l’ont entouré d’une grande tendresse ces derniers mois alors que son corps faiblissait. Jean a donné son corps à la médecine. Jean-Pierre lui a été très proche et a célébré l’eucharistie ce mardi 13 octobre à Xi’an, entouré d’amis intimes et quelques-uns de ses neveux et nièces.
Dès que la date sera précisée, nous vous informerons de la célébration qui aura lieu sur Paris.
Arnaud Favart, pour l’équipe épiscopale

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