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Mémoire vivante
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BOUCHERIE Ambroise

2015/04/13

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Ambroise BOUCHERIE

29 décembre 1923 - 13 avril 2015

« En décembre, le facteur est passé » au Boulevard des Dames, à Marseille. Pendant que je choisissais l'un de ses calendriers, il regardait le décor de la salle de séjour : photos, tableaux, souvenirs et aussi ces enseignes de rues que nous avions récupérées avec Roland et Hervé, à l'époque où l'on démolissait le quartier voisin. Nous avions ainsi la ''rue des enfants abandonnés''. Il nous a demandé : '' la Mission de la Mer, c'est quoi, au juste ?''. Les lieux que nous habitons ne sont pas neutres dans nos histoires personnelles. Ils sont, ils peuvent être des lieux de relation. Pour justifier ce que l'on fait, nos activités, nos engagements, plutôt que de chercher des motifs d'ordre spirituel, apostolique ou de service de l'humanité, disons-le : il y a des choses que l'on fait pour le plaisir. En ce sens, nous sommes des gens intéressés, non au sens du capital, mais au sens de porter intérêt à ceux que nous rencontrons. Et il faut se réjouir du fait que dans nos vies, l'Evangile puisse fonctionner ainsi. Il ne faut pas faire l'économie de tout ce qui nous constitue comme homme. Vivre heureux est important pour que d'autres soient heureux. L'inverse est tellement vrai quand celui qui vieillit mal - nous sommes vulnérables – devient pénible pour les autres ». Février 1983

Dans la rue de la Poterie à Châteaubriant, la maison natale donne sur une cour devenue jardin. C'était la cour de la ferme de ses parents. Accroché au mur de la pièce principale, un collier de cheval de trait rappelle l'origine paysanne de la famille : « J'ai de l'herbe et de la terre collées à mes chaussures depuis toujours. Avec mes sœurs et mon frère nous avons eu une vie facile. Nos parents cultivateurs, plutôt aisés, nous ont donné une éducation tout ce qu'il y a de plus religieuse ». A douze ans, Ambroise entre au petit séminaire de Guérande. La séparation avec la famille fut rude. Puis ce fut le grand séminaire et la théologie à Nantes, avec Joseph Colin et Etienne Teigné. C'était l'époque où émergeait l'idée qu'il fallait former des prêtres en fonction de milieu précis, et le supérieur lui proposa d'assister à une session d'éveil au monde maritime.

Ordonné prêtre le 11 juillet 1948, Ambroise fut nommé un an plus tard à l’aumônerie de la Marine qui venait d'être créée. Il demanda à l'évêque de Nantes d'embarquer pour trois semaines sur un bateau se rendant en Algérie. « J'avais l'habitude de travailler aux champs avec mon père, je demandais au maître d'équipage de travailler avec les gars, non de rester à regarder, ce qu'il accepta ». Ayant pris goût à la navigation, Ambroise fit savoir sa disponibilité aussi bien à la hiérarchie qu'à des marins de passage. Avant de monter à bord d'un cargo qui faisait la côte d'Afrique, le commandant posa une seule question : « Tu ne bois pas ? ». La vie sur les cargos était rude : à six dans une même cabine, dans le bruit, des conditions climatiques extrêmes. Une nuit de fort vent, un marin breton comme lui dit en rigolant : « Ici, c'est comme à l'église, on baisse la tête ». Ambroise, qui se sentait en confiance, lui avoua qu'il était prêtre, et la rumeur se répandit très vite d'un bateau à l'autre.

Ayant fait connaissance de Jean Volot, il apprend l'existence du séminaire de Lisieux. Confronté aux questions du monde maritime et à la vie de prêtre-ouvrier, il demande d'y passer une année comme « petit père » en 1951-1952. Il reprend ensuite la navigation avec la question imprévue, celle de la carte syndicale CGT des marins. L'évêque de Nantes lui fit confiance : « C'est à vous de décider ». Loin des côtes françaises, sur des pétroliers naviguant dans le golfe persique ou au large du cap de Bonne Espérance après la fermeture du canal de Suez, Ambroise ne sera pas concerné par l'arrêt des prêtres-ouvriers imposé par Rome. Toutefois en 1960, alors qu'il débarque en escale à Dunkerque, trois de ses amis prêtres marins lui disent que Rome demande l'arrêt total de l’expérience. Ambroise effectue les deux mois restant de son contrat et obtempère. « Je n'avais pas envie d'entrer en révolte contre l’Église. Je ne concevais plus de continuer à vivre sans la rencontre directe des hommes, y compris des incroyants. Je n'étais pas à bord des bateaux pour convertir, j'étais là pour partager la vie des gars, au plus près. Je tenais à garder cette forme d'existence qui répondait au besoin profond d'entrer en contact par une activité manuelle ».

De 1960 à 1967, il vient résider à Port de Bouc où il rencontre les prêtres de la Mission ouvrière St Pierre-St Paul de Jacques Loew. Il travaille occasionnellement dans un foyer des marins, à Lavéra, où accostent des pétroliers. En 1968, il s'installe au fameux 269 boulevard des Dames à Marseille, lieu de rendez-vous de la Mission de la mer. Paul VI ayant donné l'autorisation de travailler, il fait un peu de tout, y compris trier de la sardine dans le port. En 1970, il décide de faire une formation de tôlier tuyauteur, et se voit embauché dans des ateliers de réparation navale, activité qui connut de grandes grèves. « Dès mon premier embarquement, à Nantes, je m'étais syndiqué à la CGT. Il me semblait naturel, à partir du moment où je bénéficiais des avantages et des inconvénients de la classe ouvrière, de prendre une carte syndicale. Membre du comité d'entreprise des ateliers, je me souviens d'avoir accueilli Georges Séguy, le secrétaire général de la CGT. Mon rôle était de rédiger des communiqués de presse. On a occupé le Vieux Port, on a défilé dans les rues, mais le conflit s'est achevé par la fermeture des chantiers ».

En 1981, vient le temps de la retraite professionnelle. Ambroise est l'âme du Boulevard des Dames où se retrouvent François Gosset, Roland Doriol, Hervé Bienfait, René Tanguy, et bien des marins. Souhaitant garder une activité manuelle, il prend contact avec la Communauté Emmaüs de la Pointe Rouge à Marseille. Il remet en route l'atelier de mécanique, et pendant 17 ans, il manie la pince à souder pour que des compagnons paumés recolle au goût de vivre dignement : « Je ne pouvais plus me passer de ce partage de vie avec des compagnons pour qui la communauté permet de redonner un sens à sa vie ». Il entrera au conseil d'administration, ce qui l'amènera à « monter à Paris » chaque mois pour participer au Conseil national des communautés de France. Il n’oubliera pas les marins, puisqu’il sera nommé secrétaire général de la Mission de la Mer en 1986.

Il donne aussi le goût de la Mission à de nombreux jeunes qui fréquentent le Boulevard des Dames. Comme le dit Christine Massimelli, « Ambroise était un bien grand monsieur qui a laissé des étincelles dans nos cœurs, de joie, d’humour, de combat, de simplicité et de malice ».

En 1997 il subira une grave opération avec l'ablation de l'estomac, puis une alerte cardiaque. Il décide alors de retrouver ses sœurs à Châteaubriant dans les bâtiments de l'ancienne ferme paternelle. Après la Provence et l'univers des ports, il fait l'expérience de nouvelles rencontres, celui des gens hospitalisés, handicapés, et des maisons de retraite. « J'ai appris à communiquer avec ces personnes dont certaines voient et entendent, mais dont la parole est bloquée. J'ai appris qu'à la limite on pouvait communiquer sans rien dire, simplement en tenant leurs mains dans les miennes. Ayant toujours été manuel, il me semble que le ministère du prêtre passe par les mains, celle qu'on pose sur l'épaule pour saluer, celle qu'on serre le matin, ou qu'on caresse doucement quand c’est le dernier moyen de communication ».

Dans la maison de retraite du Bon Pasteur à Nantes, il entra lui-même peu à peu dans cette nuit de la communication et de la mémoire. Il s'est éteint bien entouré par ses sœurs et par le personnel. « Devant la question de la souffrance et de la mort, je ne suis pas en mauvaise compagnie, avait-il écrit en 1982, Jésus a bel et bien connu cette angoisse au jardin des Oliviers ».

L'équipe épiscopale

Ses obsèques seront célébrées le mercredi 15 avril 2015 à 14 h 30

en l'église Saint-Jean de Béré de Châteaubriant (44)

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