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Mémoire vivante
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Fontugne Louis

2014/12/08

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Louis FONTUGNE 12 mai 1932-08 décembre 2014 Mission de France

« Nous sommes dans l'épaisseur de l'humain, et c'est là que l'Evangile mérite d’être vécu ».

C'est l'été 1994. Une période où le Front Islamique du Salut fait régner la terreur en Algérie. Louis travaille depuis 25 ans (?) comme dessinateur industriel dans une usine qui fabrique des machines agricoles à Rouiba, à 30 km d'Alger. Des cadavres sur la route, des maisons incendiées, des fusillades. Les pneus crevés sont un moindre mal. L'insécurité quotidienne s'infiltre partout : méfiance entre voisins, délations, règlements de compte, filatures, assassinats. Malgré l'insistance de sa famille, de le Mission de France et des amis, Louis tient à revenir en Algérie après ses congés. Il croit « heureux », au sens des Béatitudes, de vivre en solidarité et en proximité avec un peuple qui souffre. Louis avait un joli coup de crayon pour dessiner un soc de charrue, croquer avec humour un travers du quotidien, un dédale de rues dans la Casbah. Il avait calligraphié avec talent le prologue de l'Evangile de Jean en arabe. Un croquis valant mieux qu'un long discours, Louis le taiseux n'avait pas besoin de plus épais qu'un trait de crayon pour transmettre la profondeur spirituelle qui l'animait.

Louis est né à Paris. Il est le deuxième d'une fratrie de quatre enfants. Il entre au petit séminaire de Conflans à l'âge de 13 ans. Il apprit sur le tard que son père avait été un temps novice chez les pères blancs, quand il le découvrit capable de lire le nom des rues en arabe à Alger. Après deux ans au séminaire d'Issy les Moulineaux, Louis commence son service militaire à Pau, puis est envoyé à Batna, dans les Aurès, de juin 56 à juin 57. Comme tous les jeunes de sa génération il découvre l'horreur de la guerre, la torture, la brutalité et le contre témoignage de certains chrétiens.

Il entre au séminaire de Pontigny très ébranlé par la violence et les détresses dont il fut témoin. Ce ne sera plus le monde ouvrier parisien auquel il voulait se destiner, mais le Tiers Monde en terre musulmane. Il fait un stage en Algérie de novembre 59 à mai 60 qui confirmera cette orientation dans un autre contexte que le service militaire. Professeur dans un collège tenu par les pères blancs, Louis prend position devant des faits répétés de maltraitance contre des élèves musulmans. Avec 4 autres professeurs, il donne sa démission. La réaction des familles algériennes est significative : « des chrétiens ont su nous aimer, et pour cette cause, ils doivent quitter l’école tenue par les pères blancs ». Les autorités ecclésiales invoquent une expérience « malheureuse » et des jeunes de la métropole qui n'ont pas su s’adapter à la mentalité du pays. Leur argumentation choque Louis bien soutenu par Pontigny et les copains d'Algérie. Elle en dit long sur l'aveuglement qui précéda l'indépendance. Dénoncer la torture était une prise de position politique, être abonné à Témoignage Chrétien une désobéissance à la hiérarchie.

Louis sera ordonné prêtre le 7 avril 1962, soit trois semaines après les accords d'Evian. Ses écrits témoignent de son désir de servir une Eglise authentique, humble, respectant les pauvres et qui ne taise pas la vérité : « il faut tenir l'enracinement et la dimension universelle, en vivant tout spécialement au milieu des plus pauvres ». Il étudiera l'arabe au Liban mais eut peu l'occasion de le pratiquer car on parlait français ou kabyle dans son milieu de travail.

Louis était en équipe avec René Macouin, Jobic Kerlan et Marcel Belorgey. Avec Jobic Kerlan, personnalité au charisme imposant, il habitait dans le quartier du Telemly, au onzième étage d'un des premiers grands immeubles d'Alger : l'Aérohabitat.

Il était très lié au groupe œcuménique d'El Biar créé par Pierre Frantz et Bernard Tramier. Au fil du temps se sont adjoints Jean Belaïd, Marcel Bois, les Arezki, les Grangaud, Jean-Pierre Voreux, une sœur protestante Renée, Rose Marie Lucas aujourd'hui aux Glycines. Henri Teissier, l'ancien archevêque d'Alger s'y rendait fréquemment. Les rencontres se faisaient le samedi soir. Ce lieu leur a permis à tous de tenir le coup pendant les années noires. Un soir, Louis devait célébrer l'eucharistie à Bab el Oued. Il fit un détour pour prendre Lucienne Brousse au passage. Arrivés sur place, le drame venait de se produire, les deux sœurs assassinées gisaient sur le trottoir. Le groupe d'El Biar a beaucoup compté pour lui et ils se soutenaient tous, beaucoup de chaleur fraternelle s'en dégageait. Il aimait à se rappeler les eucharisties et les partages d'Evangile partagés entre catholiques et protestants, sans barrière ni baratin. Il avait une certaine vie de quartier mais limitée pendant les années noires où il ne fallait pas rentrer trop tard le soir, donc il fallait quitter toute rencontre ou réunion vers 21h.

Plongé comme ses collègues d'usine et ses voisins de quartier dans la terreur des années noires, Louis écrit à ses amis Bernard Lacombe et Guy Glaisner, toujours très proches, et Jean Toussaint : « Tout le monde vit dans la peur et ne croit plus à rien. Toute une mafia politique vit de la corruption, orchestre la violence, manipule l'opinion internationale, et échappe à la justice. L'Algérie se sentait méditerranéenne plus qu'africaine, aspirant à intégrer le club des pays industrialisés, le rêve est brisé. On a accéléré l'arabisation de l'école, sans permettre l'accès au travail où tout est francisé. Les parents sont en grand désarroi devant des enfants qui leur dictent comment être de bons musulmans pratiquants, ce que doit être le statut de la femme à la maison… La berbérité réclame sa part avec la création d'associations, de partis. Le modernisme, la démocratie, la laïcité, les droits de l'homme dans leur conception occidentale véhiculent un contenu inacceptable pour la majorité de mes copains de boulot dont la conception de la famille, de la vie en société, de la femme, hiérarchise les droits et les devoirs de chacun au sein du groupe. Le meurtre au nom de Dieu interpelle notre foi. Souvenons-nous que Jésus a fait remettre l'épée de Pierre dans son fourreau. La gravité des questions que nous pose la crise implique un renouveau de notre relation à Dieu. Elle doit fonder notre confiance et notre paix intérieure, elle radicalise notre vocation à vivre comme fidélité à un peuple, à cause de Dieu et de son amour universel. Nous sommes obligés de chercher par d'autres voies les valeurs de la communauté musulmane. Quelles que soient les mutations qui germeront de la crise, il faudra trouver les moyens d'y placer une présence chrétienne qui assure des solidarités évangéliques ».

En 2007, son handicap visuel grandissant l'a contraint à revenir en France. Il a beaucoup souffert de ce déracinement partagé avec Colette Gallais, elle aussi algérienne de cœur. Il choisira Toulouse et un appartement sur le même palier que les filles d'Ivry, Janine Guyomarc'h et Colette. Attentive nuit et jour à tous les soins dont il avait besoin, elle sera ses yeux jusqu'à le dernière minute, qu'elle lui fermera aux côtés de sa sœur Bernadette.

Louis a donné son corps à la science. Une célébration aura leiu prochainement en région parisienne et une autre à Toulouse en janvier 2015. Vous serez bien sûr tenus informés.

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