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Conférence de Guy Aurenche

18 mai 2016 à Montauban

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Conférence de Guy Aurenche

Montauban le 18 juin 2016

 

A - Quelques flashes sur le vivre ensemble.

Le vivre ensemble, n’est pas une théorie, mais un ensemble de réalités, certaines très positives, d’autres plus négatives.

Quelques flashes :

- Jean et Mamadou. Cela se passe dans une bibliothèque d’un quartier chaud de Paris. Ils reçoivent des hommes, des femmes, des familles un peu du monde entier, beaucoup d’enfants complètement perdus et qui sont très contents de trouver la bibliothèque. D’abord il y a des toilettes, ensuite parce qu’il y fait chaud et puis parce qu’il y a les genoux des bibliothécaires pour se faire raconter des histoires. Des bibliothécaires s’aperçoivent qu’il y a des jeunes enfants perdus dans leur scolarité. Ils arrivent du Mali, du Sénégal, d’autres pays encore plus éloignés de la culture française. Elles proposent à des adultes de venir faire de l’accompagnement scolaire. Mamadou, c’est le jeune, Jean c’est l’adulte.

Jean vient pour aider Mamadou à faire des maths ; il fait pour cela une heure de métro aller et une heure de métro retour. Il rencontre Mamadou régulièrement et 2 ou 3 semaines après, mon épouse, l’une des bibliothécaires lui demande : « tu es content Mamadou de cette présence de Jean ? ». Elle s’attend à ce que Mamadou lui dise : c’est super parce que je suis 1er en classe, parce que j’ai eu 20/20 en mathématiques… Non, Mamadou va lui dire, « ah oui Madame c’est super parce que c’est la 1ère fois qu’on s’occupe de moi ». C’est ça travailler pour le vivre ensemble : être en relation pour que cette reconnaissance mutuelle permette à un jeune adolescent perdu de dire : il y a quelqu’un qui s’occupe de moi, il y a quelqu’un qui s’intéresse à moi, il y a quelqu’un qui me fait exister.

Jeudi dernier, à l’Assemblée Nationale française, devant 300 jeunes qui étaient dans des classes d’origine, de quartiers ou même de villes de France très différentes et qui avaient planché toute l’année sur la fraternité, j’ai assisté à un débat absolument passionnant. Car il ne s’agissait pas de faire un discours d’avocat, mais pour chacun de ces groupes de faire remonter un peu leurs conclusions et de débattre : « moi, la fraternité j’y crois pas », « moi la fraternité c’est sympa mais c’est un beau rêve » ou au contraire : « s’il n’y avait pas la fraternité, il y a longtemps que je serais mort » etc. Le vivre ensemble, ce n’est pas une recette mais une volonté de partager un certain nombre de convictions, de partager nos peurs, de partager nos manques, de partager nos joies, de partager nos richesses ou simplement de dire : moi j’ai envie de savoir. Moi j’ai une idée sur la fraternité mais j’ai envie de savoir toi, quelle est ton idée.

3ème flash qui est plus négatif : j’ai un frère qui est prêtre et qui est médecin, il vit depuis plus de 40 ans au nord du Cameroun, près de Maroua. Il est revenu au mois de décembre très gravement malade. Il est resté 6 mois ici ; et lundi dernier je le raccompagnais à l’avion pour qu’il reparte sur la région de Maroua, exactement à Tokombéré, où il vit. Il m’a téléphoné hier pour dire que les autorités lui interdisent de remonter au Nord parce qu’il y a Boko Haram, et qu’il risque d’être enlevé. Il n’y a plus que 2 prêtres blancs qui vivent dans cette région, voilà le vivre ensemble brisé, ce vivre ensemble cassé par la violence.

Dernier aspect de ce vivre ensemble, pour vous en montrer toutes la diversité. C’est dans le Kivu, tout à fait à l’Est de la République Démocratique du Congo, l’ancien Zaïre. Le Kivu est une région meurtrie parce que hélas ce pays est trop riche. Ce sont des mines de diamant, et de ces minerais spéciaux que nous avons dans nos téléphones portables. L’on se bat pour cela et c’est la guerre, c’est la violence. Je rencontre une association de femmes avec laquelle le CCFD est partenaire. L’association s’appelle Uwaki (Espérance). Nouveau président du CCFD-Terre Solidaire, je leur demande : « racontez –moi le 1er partenariat que vous avez fait avec le CCFD ». Elles me disent : « Il y a 10 ans nous avons demandé un peu d’argent, l’équivalent de 10 000€ sur plusieurs années ». « Mais pour quoi faire ? ». Je pensais que c’était pour aider à la scolarité de leurs enfants, pour reconstruire la case qui avait été détruite dans la dernière tornade. Et ces femmes ont cette parole - des paysannes analphabètes, des mamans qui travaillent toute la journée à gratter la terre, et qui le soir font la tambouille pour tout le monde - : « Eh bien on vous a demandé un peu d’aide parce que nous voulons avoir un centre d’écoute pour nos sœurs violées ». Le viol est une arme de combat dans ces régions et je suis bouleversé quand je vois ces femmes qui sont parmi les plus pauvres, les plus fragiles, nous redire qu’au cœur même de nos fragilités on est capable encore de se tourner vers d’autres. C’est ça le vivre ensemble, quand les pauvres nous redisent la solidarité et pour ceux qui sont chrétiens dans cette salle, quand les pauvres nous redisent l’Évangile, la Bonne Nouvelle de l’Amour partagé.

Le vivre ensemble, ce n’est pas une théorie. Partons avec Mamadou, Jean, les femmes d’Uwaki, mon frère Christian, ces jeunes de l’Assemblée Nationale, avec tous ceux qui se posent cette question : comment pourrait-on mieux vivre ensemble, à côté de chez moi, dans ma ville, dans mon quartier, dans mon église ? Comment pourrais-je établir quelque chose par l’intermédiaire du CCFD, ou d’autres associations, à partir de ces contacts qui font vivre le vivre ensemble ?

B – Des convictions

À côté de ces flashes 2 convictions fondamentales : quand je rencontre des plus jeunes ils me demandent : « Monsieur ça fait 40 ans que vous vous bagarrez pour des questions de droits humains - j’ai été longtemps à l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) - et aujourd’hui pour des questions de développement. Vous êtes optimiste ou vous êtes pessimiste ? » Ce n’est pas facile de répondre. Si je leur dis : je suis optimiste ils me mettent sous le nez les dernières statistiques du chômage : optimiste avec 4 millions de chômeurs ; optimiste avec ces 4 migrants dont on a découvert les squelettes dans le désert morts de soif… Optimiste, ce mot n’a aucun sens pour moi. Et si je leur dis je suis pessimiste, ils me disent : « la porte est ouverte et c’est terminé. »

Par rapport à ce défi du vivre ensemble au niveau mondial nous n’avons pas à être optimiste ou pessimiste mais nous avons à être au côté de ceux et celles qui n’acceptent pas l’inacceptable. C’est peut-être une forme d’optimisme que de faire ses choix personnels familiaux, ecclésiaux, politiques, financiers autour de cet axe qui est : comment est-ce que je peux rejoindre, aider, accompagner ceux et celles qui sont millions dans le monde et qui n’acceptent pas l’inacceptable.

1 – Miser sur la naissance

Le Père Teilhard de Chardin, jésuite écrit le 9 novembre 1936 alors qu’il est en Chine où c’est déjà la guerre. Il a des ennuis avec l’Eglise, etc.…: « Si le chrétien n’est pas en pleine sympathie avec le monde naissant il continuera à s’effrayer et à condamner toute nouveauté sans discerner parmi les souillures et les maux les efforts sacrés d’une naissance ».

Décidons de bâtir notre vivre ensemble sur la recherche de ce qui pousse, de ce qui naît. Il ne s’agit pas d’être optimiste pour ne voir que les choses roses dans le journal ou à la TV. Il s’agit de repérer là où nous sommes, dans nos situations familiales difficiles, ecclésiales, syndicales, politiques…, ce qui naît, aujourd’hui, dans la société en difficulté. Le vivre ensemble n’est pas une situation donnée, mais quelque chose qui pousse, qu’on va construire. Donc je vous invite à être vigilants à tous ces signes de naissance.

Puisque le Père évêque nous fait la joie d’être parmi nous ce soir, j’aimerais que dans les célébrations eucharistiques nous célébrions ce qui naît. Il y a un moment dans la célébration qui me fait problème, c’est le moment de la prière universelle. Si elle est confiée au CCFD-Terre Solidaire des millions d’hommes de femmes qui meurent de faim. Pour l’ACAT c’est la moitié des pays du monde qui torture. La CIMADE c’est le nombre de migrants qui arrivent… Il faut qu’Il ait un moral d’acier pour tenir le coup là-haut quand même. Est-ce que nous pourrions à côté de ces cris (car je crois qu’il faut dire à notre Père ces cris, et les psaumes sont pleins de ces cris), et en même temps célébrer tous les signes de naissance.

Tiens, l’autre jour j’ai vu quelqu’un à l’épicerie et j’ai su qu’elle a pu aider telle personne, telle autre personne. Tiens j’ai vu un responsable syndicaliste qui a fait ceci. Tiens j’ai cru comprendre dans les conversations qu’il y avait une famille de neuf personnes qui cherchait refuge et qu’un petit groupe cherchait comment les dépanner...

Je souhaiterais qu’au cœur de notre célébration de la vie nous célébrions tout ce qui pousse.

C’est dans cet esprit-là que je vous emmène à la découverte du vivre ensemble. Le vivre ensemble : c’est vivre. Être ensemble, c’est sympa mais si ce n’est pas pour aider à vivre, ça sert à rien, c’est un rassemblement de moutons, c’est de l’utilitarisme ou de l’organisation sans intérêt.

2 – Construire le vivre ensemble.

Être ensemble, c’est fait pour aider chacun à vivre, pour aider cette communauté humaine à vivre. Je ne peux pas bâtir ma vie sur mes seuls efforts. Pour moi la solidarité signifie que mon bonheur dépend de ce que tu feras et ton bonheur dépend de ce que je ferai. C’est ça le vivre ensemble, le vivre joyeux, le vivre heureux ensemble.

Le vivre ensemble négativement aujourd’hui c’est : « Ah mon pauvre Monsieur, ma pauvre dame, tout fout le camp ». C’est vrai, ce n’est plus comme avant. Les lieux pour se retrouver ensemble, village, famille, Eglise, travail, ne sont plus les mêmes. Dans ces lieux là on expérimentait le vivre ensemble et ce n’est plus pareil. Donc le vivre ensemble, c’est une vraie question pour nous et cette question est accentuée par les actes de violence dont nos sociétés sont victimes.

Qu’est-ce qu’organiser un vivre ensemble alors que l’on peut tuer 2 personnes dans leur maison sous les yeux de leur petit garçon. Le désir de vivre ensemble ne permet pas d’évacuer les difficultés de ces violences, de nos jalousies qui parfois vont très loin … et pourtant le vivre ensemble est d’abord un appétit ; je pense qu’il y a beaucoup d’appétits de vivre ensemble. La société française, quoiqu’on en dise n’a pas perdu son goût, son appétit pour vivre ensemble. Elle est fatiguée, elle ne sait plus très bien comment il faut faire, elle est lassée d’un certain nombre de contre exemples dans le domaine de la vie politique, des entreprises, de nos vies à nous hélas, de la vie de nos communautés chrétiennes. Donc oui il y a une réelle fatigue, mais je reste persuadé qu’il reste un appétit : « j’ai besoin de toi ! ». Et pour les chrétiens qui sont ici je ne peux pas ne pas évoquer, la rencontre d’une femme et de Jésus, au bord d’un puits : il fait chaud. Jésus ne va pas commencer à raconter son histoire, à dire ce à quoi il faut croire. Il va avoir cette parole qui est la clé du vivre ensemble, « donne-moi à boire » dit Jésus à la femme samaritaine.

Si nous voulons construire du vivre ensemble, où que nous soyons, dans un conseil municipal, une famille, une paroisse, un groupe quelconque, commençons par : « j’ai besoin de toi, tu m’intéresses, donne-moi à boire ».

Je vous propose quelques caractéristiques du contexte dans lequel il faut que nous construisions, tricotions ce vivre ensemble à un niveau national, international et mondial.

C) Les caractéristiques du "vivre ensemble"

1 – Mondialisation et interdépendance

Vivre ensemble au cœur de la mondialisation et l’interdépendance.

L’interdépendance veut dire que le travail ou le non travail de nos enfants va se décider à Washington, à Bruxelles, à Pékin ou ailleurs. Ce n’est pas bien, ce n’est pas mal, c’est comme ça. L’interdépendance, veut dire que ce que je fais ou ce que je ne fais pas en matière de respect des équilibres écologiques ici chez moi, a une influence immédiatement chez les autres (sauf si nous continuons à croire, nous français comme nous l’avons cru un instant après le drame de Tchernobyl que le nuage atomique de Tchernobyl s’était arrêté comme par hasard à la frontière française !)

L’interdépendance cela peut être pour le bien – car il y a des interdépendances magnifiques -, ou pour le pire. Nous sommes liés beaucoup plus que nos grands-parents ne l’étaient. C’est un des aspects de la mondialisation.

Face à cette réalité de l’interdépendance je me rebelle pour refuser d’être dépendant de l’autre, de celui qui veut nous imposer son modèle, son système, etc. (car ce n’est pas drôle d’être dépendant, personne n’aime ça).

Et j’ai 3 attitudes possibles :

1ère option : je tue, et j’ai supprimé ce risque de dépendance, c’est ce qu’on appelle la concurrence meurtrière ; il ne faut pas s’étonner s’il y a des guerres. C’est notre système économique, ça a été parfois nos systèmes de propagation religieuse ou politique.

2ème option : que le meilleur gagne ! Ne nous étonnons pas que les faibles perdent, ne nous étonnons pas que le mouvement ATD Quart Monde (Agir Tous pour la Dignité-Quart Monde) nous dise qu’aujourd’hui 8 à 9 millions de français vivent en marge de la société française. Pas de chance, ils ne sont pas les meilleurs. Les exclusions que nous créons, ne nous étonnons pas non plus qu’elles soient aussi source de violence pour toute la société.

3ème possibilité : le partenariat ; c’est la clé du travail du CCFD-T.S.

Le partenariat ne veut pas dire "tout le monde est beau, tout le monde il est gentil", on s’embrasse, il n’y a pas de problèmes, les questions sont réglées. Etre partenaire c’est difficile. Être partenaire avec des gens qu’on ne comprend pas, des gens qui vous comprennent encore moins, ce n’est pas facile. Mais être partenaire, c’est dire face à cette réalité de dépendance que nous décidons de nous mettre ensemble pour trouver des solutions. Trouver des solutions à moins d’injustice dans le travail, dans la répartition des richesses du monde, dans la dégradation de la nature… oui je crois que "vivre ensemble" et "le système du partenariat" marchent ensemble.

Je suis toujours désolé quand je vois le climat de la vie politique française. Est-ce qu’on ne pourrait pas, en dehors de quelques périodes électorales, travailler d’abord sur la base du partenariat plutôt que sur la base de la destruction de l’autre ? Au niveau mondial c’est bien ensemble que nous allons essayer de trouver, non pas un remède miracle qui n’existe pas, mais de permettre à ces hommes, à ces femmes de garder l’espérance.

La 1ère caractéristique de ce vivre ensemble c’est donc l’interdépendance qu’il nous faut gérer à travers le partenariat.

2 – Le déboussolement

On entend : les gens ne croient plus en rien, il n’y a plus de valeurs et puis les jeunes... comme si ce n’était que les jeunes qui ne croyaient plus en rien…

Le déboussolement ? Quand il y a quelque 60 ans j’ai eu à faire mes choix professionnels, affectifs, religieux j’avais 4 ou 5 possibilités pour choisir, pour organiser ma vie, j’avais des boussoles, des orientations. Aujourd’hui ma petite Louise, 15 ans, si elle tape sur son ordinateur, elle va avoir 150 possibilités qui se présentent pour organiser sa vie. Ce n’est pas bien ou mal. Il ne s’agit pas non plus de dire ce monde est foutu. Il est beaucoup plus difficile aujourd’hui de trouver la boussole pour construire sa vie parce qu’au cœur du multiculturel, il existe des centaines d’influences différentes, des concurrences d’idées, de culture, de civilisation.

Il n’y a pas de vivre ensemble possible si on n’arrive pas à se mettre d’accord sur un minimum de repères communs. La question du sens est essentielle. Quel est le sens par exemple de l’affrontement quand on est en désaccord social sur tel ou tel point ? Nous voyons ce qui se passe en France aujourd’hui. Et dans l’Eglise quel est le sens aujourd’hui pour annoncer une bonne nouvelle au monde ?

Comment trouver une devise sous laquelle nous allons construire le vivre ensemble ? Il convient de partager un minimum de valeurs pour construire ce vivre ensemble.

Une anecdote : dans un livre Marek Halter,"La force du bien" rassemble des récits d’hommes et de femmes qui pendant la 2ème guerre mondiale ont sauvé des enfants juifs. Il interroge une religieuse hollandaise : « ma sœur racontez-moi ce qui s’est passé ». « Eh bien voilà Monsieur, j’étais l’intendante de ma communauté, c’est mardi je vais au marché, c’était pendant la guerre. J’ai un sac dans chaque main, j’arrive sur le marché et tout d’un coup une jeune femme se jette sur moi, m’arrache mes 2 sacs et me colle un gosse dans chaque main ; une maman juive qui savait qu’elle allait être déportée et qui voulait sauver ses enfants. » Et voilà la sœur qui rentre au couvent avec 2 enfants. Marek Halter émerveillé lui dit « c’est magnifique ce que vous avez fait, où avez-vous trouvé le sens de cette solidarité, c’est sans doute dans vos études ? » « Non je n’ai pas fait d’études ni de théologie, ni rien du tout. » « C’est sans doute que votre mère supérieure vous a réunies pour vous dire : mes sœurs dans ce moment difficile il va falloir avoir une conduite héroïque. » « Ce n’est pas tout à fait ça, dit la religieuse, la mère supérieure nous a réunies : Oui mes sœurs dans ce moment difficile je vous en supplie pas « d’emmerdes. »

« Mais alors, dit Marek Haleter, ma sœur, où avez-vous trouvé cette énergie pour poser ce geste ? » « Mais enfin Monsieur je ne pouvais pas faire autrement ». Je crois en la capacité du « je ne pouvais pas faire autrement », c'est-à-dire de mes tripes, du plus profond de moi. Je pense aux entrailles de Dieu quand je dis ça, lui qui a déposé en nous cette capacité à la fois de révolte et de tendresse par rapport aux situations humaines ; Dieu aussi parfois pourrait dire : « Je ne pouvais pas faire autrement ».

Il y a bien d’autres modalités pour retrouver la boussole : c’est Albert Camus qui au cœur de sa révolte contre le nazisme trouve quand même des raisons de refuser l’humiliation et, avec des amis, se lever pour combattre. Ils étaient pourtant imprégnés du nihilisme ambiant. Je pense à toutes les communautés chrétiennes : trouver un sens dans le souffle de la Bonne Nouvelle. Non pas autour d’une définition du bonheur clé en mains, non pas autour de la recette en 24 points pour savoir comment il faut bien vivre. Mais dans cette Bonne Nouvelle qui affirme : "tu n’es plus seul, je suis avec toi et ma présence a vaincu la mort." J’y reviendrai tout à l’heure.

Le vivre ensemble se construit en partageant des valeurs, ce qui ne veut pas dire en recherchant l’uniformité.

3- Les inégalités à travers le monde

Autre caractéristique, je ne développe pas plus. On ne peut pas vivre ensemble si on laisse s’agrandir - comme c’est le cas aujourd’hui depuis 30 ans - les inégalités à travers le monde. Le monde est plus riche mais le fossé entre les riches et les pauvres s’est élargi. C’est vrai pour le monde, c’est vrai pour la société française. Et on voit combien l’aggravation de ces inégalités petit à petit finit par disloquer le vivre ensemble. On voit que c’est sur cette aggravation des inégalités que les mouvements les plus extrêmes vont trouver le terreau de leur violence et leur parole d’exclusion. Il n’y a pas de vivre ensemble s’il n’y a pas un projet précis économique, politique, social pour lutter contre les inégalités.

D) Les chemins pour construire le vivre ensemble

Avez-vous vu récemment un sondage intéressant de la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme qui est un organisme qui dépend des institutions françaises ; ce sondage interrogeait les français sur la tolérance. J’étais très étonné de constater que pour la 2ème année consécutive 2014-2015 alors que ce n’était pas le cas les années précédentes l’indice de tolérance chez les français grandit plutôt qu’il ne baisse. Alors que des gestes de violences, des attaques, y compris terroristes se sont produits dans cette société.

Tout ça pour dire tout n’est pas foutu ! Il reste au fond de nous - peut-être parce qu’on est bousculé au plus profond de nous-mêmes – une question : " Quelle est ta volonté de vivre ensemble ?" Il reste en nous de vraies capacités de tolérance, et peut-être d’aller un peu plus loin dans l’amour de l’autre.

1 – Faire le choix de la dignité de la personne humaine

Faire bon usage des "droits de l’homme". Parler des droits humains fait ringard, très militant ! Moi je continue d’y croire. J’espère que vous avez tous sur votre table de nuit un document, une feuille recto verso : la déclaration universelle des Droits de l’homme du 10/12/1948. Il y a des choses bien plus sottes que ça sur nos tables de nuit. Je m’y intéresse, pas simplement parce que je suis juriste, comme si le droit allait faire des miracles non, mais parce que ce texte est la triste conséquence de 60 millions de morts, de la Shoah, des camps de la mort, des bombardements des populations civiles, de la bombe atomique. Au cœur de ces drames, de cette dislocation du vivre ensemble, les hommes et les femmes à l’époque – à l’époque ils sont seulement 56 pays, et aujourd’hui ils sont 197 - vont tout miser sur dignité, la valeur de la personne humaine :

« Les peuples du monde entier ont proclamé leur foi en la dignité et la valeur de la personne humaine ».

Construire le vivre ensemble c’est faire cet acte de foi en la dignité de la personne. Celle-ci interdit de déshumaniser qui que ce soit. Ne pas coller une étiquette sur une personne ou un groupe de personnes. On s’aime tous oui mais comme dirait Coluche, il y en a qu’on aime plus que d’autres ! Les étiquettes : " c’est un jeune, c’est un vieux, c’est un blanc c’est un noir c’est un croyant, c’est un hérétique, c’est un fasciste, c’est un intégriste, c’est un…, tous les …istes.."

La personne, le groupe que j’ai ainsi étiqueté, n’est plus tout à fait mon frère, ma sœur, je le déshumanise petit à petit.

La personne ainsi étiquetée, marginalisée, s’il lui arrive des ennuis, il est facile de trouver des « bonnes » raisons : ce n’est pas si grave que ça, c’est un fasciste,… Je trouve de bonnes excuses pour ne pas être au rendez-vous du vivre ensemble parce que "étiqueté". Allez dans les cours d’école, les petits ne font pas de différence, a priori. Mais ils ont entendu des parents : … oui tu sais, le petit Untel il est gentil mais sa maman n’est pas sérieuse et puis tu sais bien elle est toujours en retard. Tu sais son papa il ne faut pas le dire mais il a fait de la prison. Le jeune en entendant cela va, inconsciemment dire que ce n’est plus mon copain !

Et on peut aller beaucoup plus loin. Pourquoi tout à coup colle-t-on une étoile jaune sur l’habit de quelqu’un ? Pourquoi transforme-t-on tous les étrangers en criminels dangereux ? etc.

Cet acte de foi est exigeant : il va en particulier exiger de nous, même si c’est dur, de considérer l’autre, y compris l’autre qui m’agresse, garde le mystère de la dignité humaine ; je ne peux pas le chosifier.

Comme avocat j’ai eu à défendre des gens « indéfendables ». Parfois ma conscience se révoltait ; mais le jour où je décide que telle personne n’a plus droit à la parole, par exemple pour être défendue, ce jour-là je la déshumanise et j’ouvre la porte à tous les excès possibles. Un jour je vais déshumaniser le terroriste, l’autre jour le criminel, un 3ème jour celui qui m’a piqué mon portefeuille et le 4ème jour celui qui je ne sais quelle conviction religieuse.

2 – L’éducation

Vivre ensemble, ça s’apprend. Je ne crois pas que les jeunes ou les moins jeunes soient méchants, mais le vivre ensemble ça s’apprend.

Par exemple apprendre à respecter la parole de l’autre : Combien de jeunes m’ont dit après une audience : « t’as vu comme il m’a parlé ! ». Ou au contraire quand je défendais de ces petits gars qui passaient pour la 8ème fois devant le tribunal correctionnel de Bobigny… ils ne reprochaient pas au Président du Tribunal d’avoir décidé 6 mois ou 12 mois de prison, mais « vous avez vu Monsieur, il ne m’a même pas écouté ».

Dans l’éducation apprendre l’attention à l’autre, la parole de l’autre ; dans les groupes de jeunes ou de moins jeunes, l’on parle beaucoup mais l’on écoute de moins en moins. Refuser l’acte de discrimination, travailler à cette éducation, à l’ouverture, transformer nos institutions d’éducation en des lieux d’apprentissage à la rencontre de l’Autre aidera petit à petit à comprendre les modalités du vivre ensemble.

Ne faut pas avoir peur des désaccords. Rencontrer l’autre, ce n’est pas obligatoirement être tous d’accord. Attention aux faux unanimismes ou au relativisme faisant que tout serait bon. Il y a des choses pour lesquelles je vais continuer de plaider. Mais dans le désaccord je n’ai pas le droit de tuer l’autre, je n’ai pas la possibilité de le faire disparaître. Donc il va nous falloir creuser ensemble nos désaccords.

Comment abordons-nous nos désaccords ? Que dis-tu exactement ? Dis-moi ce que tu as vraiment envie de me dire et écoute-moi afin que je puisse dire ce que j’ai envie de dire. S’écouter, Quels nos points de désaccord ? Formuler nos points de désaccord n’est pas si facile que ça !

Et puis 3ème étape : « Mais pourquoi tu dis ça, quelle est la raison profonde ? » Si on pouvait savoir les raisons profondes qui nous font être en désaccord.

La 4ème étape : il y a quelque chose qui motive nos désaccords et qui pourrait être mis en commun. Peut-être qu’il y a des choses que nous pourrions partager et permettre le vivre ensemble ?

3 – Le chemin de la citoyenneté

C’est le chemin de la construction d’une société socialement juste ou du moins qui essaie d’être moins injuste. Le vivre ensemble exige de prendre au sérieux la politique quand celle-ci est sérieuse et pas simplement des petits jeux de guéguerre personnels.

Le chemin de la citoyenneté comme chemin de construction de ce vivre ensemble c’est le chemin de la démocratie. Nous savons que notre démocratie française est sinon malade en tout cas fatiguée. Si elle est fatiguée c’est qu’elle n’a pas su inventer des modalités de participation citoyenne autre que de participer une fois tous les 5 ans à des élections auxquelles d’ailleurs 50% de personnes ne participent plus. (Les élections sont certes indispensables mais non suffisantes pour faire vivre le vivre ensemble).

Dans le quotidien de la gestion d’une commune, d’une association (c’est le Président d’une association qui vous parle), d’une paroisse ou d’un groupement, comment créer, des modalités de participation qui évitent que la décision ne tombe soudain parce que la majorité aura décidé … sans aucune préparation ni partage ?

Par ailleurs la construction politique exige de faire des choix qui la favorisent. Tel est le sens du plaidoyer au CCFD-Terre Solidaire. Il s’agit de lutter contre les causes de la faim, de repérer ce qui provoque la faim, qui est un mal qui , bien sur , ronge le vivre ensemble. Construire le vivre ensemble exige de dénoncer l’injustice qui accable certains. Puis d’en faire un dossier suffisamment clair pour pouvoir être communiqué. Ensuite aller communiquer ce dossier à nos responsables. Et ensuite s’assurer qu’ils en tirent des conséquences efficaces.

Quelques exemples : vous avez en face de vous quelqu’un qui a été mis en examen ! En effet j’ai été mis en examen à la suite du rapport que le CCFD-T.S. a promulgué : « les biens mal acquis ». Les biens mal acquis visaient 37 personnes - il y en a bien d’autres – dont nous ne comprenions pas l’origine de la fortune. Il s’est trouvé que parmi ces personnes il y avait le président de la Guinée Équatoriale. Ce président n’a pas du tout aimé qu’on dise qu’il était un voleur et il nous a accusés de diffamation devant la justice française. Et j’entends encore le juge d’instruction me dire : « Maître Aurenche je vous mets en examen ». Ça fait quelque chose parce que généralement j’étais plutôt de l’autre côté de la barrière.

Pourquoi nous faisions ça au service du vivre ensemble ? Parce que la Guinée Équatoriale est le 3ème pays producteur de pétrole de l’Afrique subsaharienne, c’est un pays riche. Or 72% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Le vivre ensemble est bien malmené !

Nous écrivions au nom des équatoriens : La Guinée Équatoriale est riche, mais il y a eu des fuites d’argent, et ces fuites se terminent dans les poches du Président, ou dans la poche du fils du Président. Comment est-il propriétaire de 17 Maserati remisées dans le garage de son hôtel particulier à Paris, dans le 16ème arrondissement ? Comment a-t-il pu s’acheter un yacht de plusieurs millions de dollars récemment ? Certaines personnes nous font des reproches : « Vous faites de la politique ! En plus vous êtes catholiques, et faire de la politique, ça c’est un gros péché ! »

Nous avons la conviction que cet argent serait mieux utilisé à aider le peuple guinéen, à nourrir ses enfants, à pouvoir se développer. Le "vivre ensemble" se construit aussi grâce à des choix politiques, pour favoriser un peu de justice sociale. Depuis 15 ans le CCFD-T.S. se bagarre contre les paradis fiscaux. Je n’ai rien contre l’argent, je n’ai rien contre les paradis, je n’ai rien contre la fiscalité. Mais par contre comme président du CCFD-T.S. je m’aperçois que les 180 milliards d’euros qui devraient aller dans les caisses du pays où nos entreprises exploitent le minerai, l’agriculture, sont détournés.

Vous savez sans doute qu’aux îles Vierges Britanniques, pays de 27 000 habitants, il y a plus de 85 000 sièges sociaux car il n’y a pas d’impôts à payer sur les revenus. Choisir de construire le vivre ensemble demande aujourd’hui de dire non à ces lieux.

J’ai parlé de 180 milliards détournés mais je n’ai pas parlé de tous les milliers de milliards produits de la traite des femmes, des enfants, du trafic de la drogue, … tout ça caché dans des lieux paradisiaques. Un vivre ensemble juste exige que nous menions ensemble un certain nombre de combats.

Ceux qui s’intéressent à ces questions reliront certains des textes de la pensée sociale ou de la doctrine sociale de l’Église. Ce n’est pas une recette à partir de la Parole de Dieu et de la Tradition de l’Eglise, mais une réflexion pour construire, pour orienter, pour influencer, pour colorer telle ou telle orientation politique.

J’aurais beaucoup d’autres choses à dire sur la responsabilité sociale des entreprises. Il y a actuellement un débat parlementaire là-dessus, non pas contre les entreprises mais contre ce qu’elles font parfois.

Ainsi en Équateur, en Amérique latine, la société Texaco, pendant les années 80, a exploité le pétrole sur un territoire équivalent à 2 ou 3 départements français. L’exploiter de telle manière que le nombre de fausses couches pour les femmes a été multiplié par 10, tandis que les maladies de peau chez les enfants atteignent des proportions hallucinantes. Pourquoi ? Parce que la terre est imprégnée de déchets de pétrole. Pourquoi ? Parce qu’il y a des déchets qui sont mis dans des cuves mais des cuves qui ne sont pas étanches. Parce qu’une cuve étanche ça coûte plus cher qu’une cuve qui n’est pas étanche !

J’entends encore Monseigneur Baretto, archevêque péruvien sur l’Altiplano au Pérou. Monseigneur Baretto dit : sachez que lorsque je suis arrivé dans ce diocèse les mamans sont venues me voir. Elles m’ont dit : « Monseigneur savez-vous qu’ici le sang de nos enfants est plombé. » Vous connaissez le saturnisme, cette maladie que les enfants attrapent en grignotant les restes de plomb sur de vieilles peintures. Pourquoi le sang des enfants est-il plombé ? Parce que les produits utilisés pour extraire les minerais de cette région sont des poisons. Et que le poison ça va dans l’eau, ça va dans l’air, que les enfants ils boivent de l’eau, ils respirent de l’air. Et je vois encore Monseigneur Baretto les larmes dans les yeux me dire : « Comment peut-on en l’an 2 000 plomber le sang de nos enfants ? Parce que trouver un autre produit pour l’exploitation des minerais le procédé pour extraire ces minerais coûte beaucoup plus cher que le procédé utilisé !’

Le vivre ensemble exige bien sûr des activités industrielles, des profits, mais pas au prix de l’empoisonnement de nos enfants !

4 – La solidarité en brisant la solitude.

Nous qui voulons construire le vivre ensemble - bien sûr à un niveau français mais on se place plus ce soir à un niveau mondial, soyons des briseurs de solitude en puissance. Moi j’ai appris ça à l’ACAT, et au CCFD-T.S.

À l’ACAT, je me souviens encore : Je rencontre un militaire, c’était dans un colloque international en Finlande. Un militaire qui venait du Chili. Il me raconte son histoire après le coup d’État du général Pinochet. « J’ai refusé de tirer sur la foule, on m’a torturé, on m’a battu, on m’a mis dans une caisse en bois grande comme cette table, un peu plus longue, pas plus haute. Je ne pouvais être qu’allongé, j’y suis resté 6 semaines, j’avais le droit de sortir 3 fois par jour pour aller aux toilettes et pour manger. Un jour je sors et j’entends quelqu’un, je n’ai jamais su qui (parce qu’on n’avait pas le droit de regarder ni à droite ni à gauche). J’entends quelqu’un qui me crie : on parle de toi au dehors ». Et il ajoute « ce jour-là j’étais sauvé. »

"On parle de toi dehors", ça veut dire qu’il y avait une campagne de lettres, pour dire : attention cet homme qui est en prison et ce n’est pas normal. C’est pourquoi il me dit : ce jour-là j’étais sauvé. « Mais vous n’étiez pas sauvé, vous êtes encore resté 2 ans1/2 en prison, votre famille a été harcelée etc. Mais il me répond : « je n’étais plus seul ». C’était ma petite lettre qui rejoignait des milliers d’autres lettres, qui avait permis à une personne torturée, sans aucune chance de s’en sortir de penser qu’il était sauvé, qu’il n’était plus seul.

Je ne suis pas théologien, et que ceux qui sont théologiens dans la salle me pardonnent mais je crois que le message de salut se retrouve dans cette « démarche », comme si Jésus affirmait ainsi : « Je n’ai pas aboli la mort, je n’ai pas supprimé la maladie, je n’ai pas supprimé la violence, mais au cœur de ces morts, de ces maladies, de cette violence, tu n’es plus seul et j’ai vaincu la mort ». Je vois un lien entre tous ces actes de sauvetage et l’annonce de la Bonne Nouvelle du salut : nous ne sommes définitivement plus seuls.

Je pourrais ainsi multiplier les exemples à travers le partenariat du CCFD. Je pense à ce village du Laos qui me raconte son histoire : « Voyez tous les villages environnants, ce sont des collines de 800, 1 000 mètres parfois, couvertes de forêts magnifiques. Et à côté il y a des endroits où il n’y a plus de forêts ». Je leur demande de m’expliquer. « Et oui, le village d’à côté il y a dix ans a accepté une proposition qu’un entrepreneur chinois : « Rasez votre forêt, on va y planter des hévéas et vous allez vivre du caoutchouc ». Ils ont rasé leur forêt traditionnelle, là où leurs morts sont enterrés, là où pour leurs convictions religieuses il se passe des choses importantes, forêt très riche sur le plan des plantes pharmacologiques etc. Ça duré 4 ans, le cours du caoutchouc s’est effondré, les chinois se sont retirés et les gens restent avec leurs hévéas. Le village que j’ai visité, qui se nomme Lon Lan a refusé ce choix parce qu’il était accompagné par un de nos partenaires. Ils ont au contraire exploité cette forêt, ils l’ont travaillée, il y a des plantes médicinales qu’ils vont utiliser, ou vendre aux touristes qui sont nombreux dans cette région. Ils vont planter à certains endroits des céréales qui acceptent de grandir dans la forêt. Les jeunes restent. J’ai interrogé le chef du village : « c’était quoi pour vous, l’action du CCFD ? » Car la vie reste dure dans ce village de Lon Lan. « Ce n’est pas que vous ayez fait un miracle, mais vous nous avez aidé à rester dans notre forêt, car avec vous nous n’étions plus seuls ». Chemin de la solidarité pour briser tous les lieux d’isolement.

C’est vrai à côté de chez moi. Le vivre ensemble en France commence par notre capacité de vigilance et d’action pour briser les solitudes qui tuent. Qu’est ce qui tue le plus au monde ? La solitude bien sûr. Or nous sommes des sauveteurs en ce sens que nous sommes des briseurs de solitude. Je n’ai pas dit : des sauveurs, mais des briseurs de solitude.

L’autre chemin de construction, c’est le débat mais je ne vais pas m’appesantir là-dessus. J’en ai parlé un peu dans la recherche de sens pour organiser au niveau le plus proche possible des lieux de débat entre nous, entre nos différentes convictions et approches religieuses.

5- Vivre ensemble avec la création toute entière.

C’est bien de vivre ensemble entre nous mais comment vit-on avec les créatures qui sont autres que les êtres humains. Je vous invite à relire l’encyclique « Loué sois-tu » où le pape nous redit avec la clarté de ses mots à lui (j’ai eu la chance de rencontrer le pape il y a 2 ans à Rome) que l’être humain ne doit pas ’oublier que les autres créatures sont également des êtres à travers lesquels Dieu exprime sa tendresse.

Le geste de création, n’est pas d’abord le geste d’un grand manitou qui tout d’un coup, parce qu’il s’ennuyait dans le ciel, a décidé que ce serait bien de créer des créatures. La création est le débordement de la tendresse de Dieu. C’est pourquoi je trouve magnifique que le pape ait utilisé le cantique de Saint François pour commencer cette encyclique, pour commencer ce chant d’émerveillement sur toutes les créatures à travers lesquelles nous devinons la tendresse de Dieu.

Le ciel, le sol, les nuages… sont des caresses de Dieu., écrit le pape. Le cheminement pour construire le vivre ensemble nous invite aussi à revoir notre relation avec l’ensemble de la maison commune, avec l’ensemble des êtres vivants. Le souci de l’écologie va dépasser le fait de prendre un peu moins de douches - ne gâchons pas l’eau - de limiter telle ou telle consommation. La nécessaire sobriété qu’il nous faut adopter pour vivre ensemble, n’est pas un gadget. On ne peut pas vivre tous ensemble avec le rythme actuel de consommation. Nous savons aujourd’hui que si le monde entier voulait vivre comme l’Europe il faudrait 3 planètes pour couvrir les besoins ; et si elle voulait vivre comme les USA, il faudrait les ressources de 6 Terres.

Cette sobriété est importante ; mais le pape nous invite à revoir dans cette démarche de protection de la maison commune beaucoup plus que ces simples gestes-là, pourtant essentiels.

6 – Le lâcher prise.

Chers amis, pour vivre ensemble, pour construire le vivre ensemble, il nous faut accepter dans nos vies le temps du lâcher prise, le temps de la confiance. Vous allez me dire c’est contradictoire avec tout ce que vous venez de nous dire, puisque vous avez dit qu’il fallait faire ceci, faire cela, … et vous nous invitez au lâcher prise, au temps du recul, au temps où je laisse la place à l’autre. Je ne peux être, nous ne pouvons être ensemble que si l’autre a également sa place. J’en fais l’expérience à travers le cheminement conjugal, à travers la relation entre parents et enfants. Si je ne laisse pas sa place à l’autre, il ne peut pas vivre ! C’est le temps du lâcher prise, du recul qui n’est pas le temps de la démission. C’est au cœur des actions, des projets de transformations sociales et politiques, de cette construction de ce vivre ensemble, c’est au cœur de ces réalités qu’il nous faut prendre le temps du lâcher prise, le temps de l’expérience, de la confiance.

Donner sa place à la parole de l’autre, attendre quelque chose de l’autre, prendre le temps de l’émerveillement, le temps de la prière. Le temps de la prière ce n’est pas un superflu. C’est ce temps où, avec toutes mes forces, tous mes désirs, ma volonté de lutter contre ces injustices, je laisse parler l’autre, je le laisse parler. C’est le temps que nous prenons, ou pas, pour entendre l’appel du Père tout aimant. Comment voulez-vous construire le vivre ensemble si nous n’ouvrons pas notre cœur, notre oreille, notre intelligence à cette proposition que le Père nous fait ?

* * *

Un petit mot de conclusion :

Je prends une histoire que je raconte dans mon livre La solidarité, j’y crois !. Un vieux rabbin demandait à ses élèves à quoi peut-on reconnaître quand la nuit s’achève et quand le jour commence. « Est-ce quand on peut distinguer de loin un chien d’un mouton ? Non ! Est-ce lorsqu’on peut distinguer un dattier d’un figuier ? Non… »

« Mais alors quand est-ce donc ? » demandent les élèves.

Le rabbin répondit : « C’est lorsqu’en regardant le visage de n’importe quel homme, de n’importe quelle femme, tu reconnaîtras ton frère, ta sœur. Jusque là il fait encore nuit dans ton cœur. »

La nuit du vivre ensemble s’achève par ce travail de découverte du visage de mon frère ou de ma sœur dans le visage de l’autre.

 

Merci de votre écoute et attention fraternelle.


 

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Déjà publié
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